
Je fus une nouvelle fois séduit par la petite musique nonchalante d'Hong-San Soo, qui ne cesse de creuser le même sillon ténu de chassés croisés sentimentaux, avec au fil des récits, de troublantes réminescences et d'infimes variations sensorielles sur la perception du temps, des choses et des personnages.
Le cadre formel est comme toujours d'une sobriété et d'une fluidité magistrales, avec un minimum d'effets (très peu de plans et pas de raccords dans les scènes, prises dans leur longueur), insufflant ce vertige, propre à peu de cinéastes, de la vision d'un trivial quotidien, en train de se faire, filmé sans artifices. Les fameuses scènes récurrentes de beuverie, qui d'après la rumeur, seraient tournées avec des acteurs réellement alccolisés, ne rendent que plus fragile et saisissante la frontière entre réel et fiction.
Celle-ci est d'ailleurs le sujet même de ce malicieux conte de cinéma : l'osé et génial préambule, qui opère une césure au premier tiers du film, n'est en effet rien moins que la représentation littérale d'un film dans le film. Procédé, il est vrai, pas né d'hier, mais avait-il jamais été exploité de cette façon, sans aucune manifestation ou symptôme qui révélerait la mise en abime.
La découverte a posteriori, et non pendant, de l'artifice a de quoi donner le tournis, partagé entre une éxpérience de narration inédite en tant que spectateur et la frustration d'un épilogue de la fiction venu prématurément , pour peu qu'un processus d'identification ait fonctionné. Et finalement se sentir un peu penaud d'avoir marché à fond dans l'éspiègle dispositif...
(à suivre)